Question détaillée
- La Kaaba a-t-elle été construite par le prophète Ibrahim et son fils Ismaïl, comme le rapportent les traditions islamiques, ou par un chef païen préislamique, Asad Abu Karb, adorateur de la déesse lunaire Allat, aux environs de l’an 400 de notre ère, comme le prétendent certaines sources ?
- Pourquoi Allah (swt) a-t-Il « changé d’avis » concernant la Qibla (direction de la prière), en passant de la Mosquée Al-Aqsa (Temple de Salomon à Jérusalem) à la Kaaba à La Mecque, un lieu qui abritait auparavant des idoles païennes ?
- Alors que le nom « La Mecque » n’est jamais mentionné explicitement dans le Coran, le terme « Bakka » l’est (Coran 3:96). « Bakka » correspond-il réellement à La Mecque actuelle, comme l’affirment les musulmans aujourd’hui ? Par ailleurs, dans la Bible, « Becca » désigne un lieu situé près de Jérusalem.
- La Mecque a-t-elle été choisie comme centre spirituel de l’Islam en raison de sa valeur commerciale ? On sait que même avant l’Islam, et avant la conquête de La Mecque par le Prophète Muhammad (saw) en 630 de notre ère, ce lieu était déjà un centre important de pèlerinage païens. Aujourd’hui encore, l’Arabie Saoudite génère des milliards grâce au tourisme religieux.
- Pourquoi l’Arabie Saoudite détruit-elle des monuments historiques ? S’agit-il d’une tentative d’effacer certaines parties de l’histoire ou de dissimuler des informations qu’elle ne souhaite pas rendre publiques ?
Réponse
- Selon les narrations islamiques — notamment celles rapportées dans le Tafsir al-Qummi à propos du verset 2:127 (« Et lorsque Abraham et Ismaël élevèrent les fondations de la Maison : ‘Seigneur, accepte ceci de nous ; Tu es l’Audient, l’Omniscient’ ») — la Kaaba fut établie dès l’époque d’Adam (as) et existait donc depuis les débuts de l’humanité. Elle fut ensuite élevée lors du Déluge à l’époque du prophète Noé (as). Le prophète Ibrahim (as) la reconstruisit par la suite. L’archange Gabriel lui indiqua l’emplacement précis des briques et les dimensions de la Kaaba. Elle avait alors deux portes.
- Concernant la « Qibla », il ne s’agissait pas d’un « changement d’avis », mais plutôt d’une étape de l’Histoire déjà prévue, visant à montrer aux Enfants d’Israël que les musulmans avaient leur propre Qibla. Les juifs se moquaient du Prophète (saw) car il devait prier en direction d’Al-Aqsa. Ainsi, la direction de la prière fut modifiée afin de distinguer la qibla des musulmans de celle des juifs. Ce changement constitua une transformation à la fois matérielle et spirituelle majeure pour les musulmans de cette époque, et il continue de revêtir cette importance aujourd’hui (voir l’exégèse du verset 2:144). Par ailleurs, dans le Tafsir al-Mizan, il est expliqué qu’Al-Aqsa n’était pas la première direction de prière. La première qibla était en réalité La Mecque. Ibrahim et Ismaël l’ont (re)construite et ont appelé les gens à accomplir le hajj depuis lors (voir Coran 14:37, 22:27 et 2:125).
- Le terme « Bakka » désigne un lieu où les gens se rassemblent en grand nombre et se pressent les uns contre les autres, notamment lors du tawaf (comme pendant le pèlerinage). Depuis la révélation du verset jusqu’à aujourd’hui, ce terme évoque immédiatement la Kaaba et les rites du hajj. Dans ce contexte précis, « Bakka » est donc compris comme un synonyme de La Mecque. Il ne fait ainsi aucun doute, du point de vue islamique, que le verset 3:96 fait référence à La Mecque.
- La Mecque n’a pas été choisie pour des raisons commerciales. Certes, avec le temps, les populations se sont égarées et le monothéisme originel a dégénéré en idolâtrie, et le commerce est devenu un moyen de subsistance pour les habitants. Cependant, la valeur commerciale n’a jamais été la raison du choix divin de ce lieu. Située au cœur d’un désert aride et difficile d’accès, La Mecque n’est pas un emplacement naturellement favorable au commerce. Même aujourd’hui, malgré les revenus considérables générés, la gestion de ce lieu reste complexe en raison de son environnement.
- L’Arabie Saoudite détruit des faits et des lieux historiques depuis de nombreuses années, dans l’espoir d’effacer toute preuve qui pourrait aller à son encontre. Cela inclut des sites comme la maison du Prophète (saw), le Khandaq, les maisons à Médine, et l’interdiction de visiter certains lieux comme Al-Baqi, ainsi que la destruction de ce dernier à Médine. Cette pratique ne date pas d’aujourd’hui : elle remonte à des périodes antérieures, notamment à l’époque des Omeyyades et des Abbassides, marquée par des falsifications historiques et des insertions de narrations. Certains estiment même que ce processus avait commencé avant eux et se poursuit encore aujourd’hui (recherchez la fissure dans la Kaaba, pourquoi elle est là, et pourquoi ils essaient souvent de la réparer mais n’y parviennent pas). Quelles que soient les tentatives de dissimulation, la vérité triomphera inévitablement, in shāʾ Allāh.
S.L. Al-Hakim
