Question détaillée :
Certains extrémistes chiites de notre époque affirment que la plupart des érudits chiites classiques, de Cheikh Mufid à Allama Majlisi, considéraient les sunnites comme légalement non-musulmans. Est-ce exacte ? Si ce n’est pas le cas, comment peut-on réfuter cet argument à partir des œuvres de ces érudits ?
Réponse :
Les propos avancés par ces groupes extrémistes reposent sur des interprétations erronées et ne peuvent en aucun cas être attribués aux savants chiites. En réalité, tous les érudits chiites considèrent les sunnites comme des musulmans. Selon la doctrine chiite, toute personne qui atteste de l’unicité de Dieu (tawḥīd) et de la mission prophétique de Muḥammad (saw) est reconnue comme musulmane.
Les déclarations attribuées au Shaykh al-Mufīd concernent une situation spécifique : celle d’un individu qui rejette consciemment et délibérément la wilāya (autorité spirituelle et politique) des Imāms (a.s), après en avoir pleinement reconnu la légitimité. Il s’agit donc d’un déni volontaire et éclairé. Or, la majorité des musulmans non-chiites aujourd’hui ignorent l’Imāmat (imāma) et la wilāya non pas par rejet délibéré, mais par manque de connaissance ou d’accès à ces enseignements. Ils relèvent ainsi d’une autre catégorie, celle des ignorants non fautifs (jāhil qāṣir), que les savants distinguent clairement des ignorants fautifs (jāhil muqaṣṣir).
Les accusations formulées par les courants extrémistes reposent généralement soit sur une mauvaise interprétation de passages tirés des ouvrages des savants chiites — en particulier ceux du Shaykh al-Mufīd — soit sur des traditions rapportées dont l’authenticité est sujette à controverse.
Il convient également de distinguer la position des chiites à l’égard de certains groupes historiquement hostiles aux Ahl al-Bayt (a.s), tels que les nāṣibīs (ennemis déclarés des Imāms) ou les khawārij, qui font l’objet d’un traitement particulier dans les textes. À cet égard, Khwāja Naṣīr al-Dīn Ṭūsī écrit dans Kashf al-Murād (p. 349) :
« Ceux qui combattent ʿAlī sont des mécréants (kāfir), et ceux qui s’opposent à lui sont des pervers (fāsiq). »
Ainsi, les textes critiques ne visent pas l’ensemble des sunnites, mais bien des individus ou des groupes ayant volontairement pris position contre la vérité de l’Imāmat, en toute conscience.
Syed Haider
